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La cantatrice chauve (1949), œuvre majeure et première pièce de théâtre écrite par Eugène Ionesco (1909-1994), marque avec sa première représentation en 1950 la rupture du théâtre moderne avec la tradition aristotélicienne, affirmant au passage la naissance du théâtre de l'absurde. Pièce au succès jamais démenti, elle a été donnée chaque soir depuis 1957 sans interruption au Théâtre de la Huchette à Paris.
Le théâtre de l'absurde est un terme formulé par l'écrivain et critique Martin Esslin pour désigner une direction théâtrale importante du XXè siècle, qui se concentre sur la démonstration que l'existence est dénuée de signification et met en scène la déraison du monde dans laquelle l'humanité se perd. Ses auteurs les plus connus sont Alfred Jarry (Ubu roi), Eugène Ionesco (La Cantatrice chauve, Rhinocéros) et Samuel Beckett (En attendant Godot).
La prise de conscience de l'absurdité de l'existence humaine est certes un thème bien pessimiste, mais il donne justement bien souvent l'occasion d'un humoir noir décapant, que Ionesco exploite au maximum. Et bien que l'auteur ait lui-même affublé sa pièce du sous-titre d'"Anti-pièce", il s'agit bel et bien avant tout d'une comédie absurde.
L'inspiration initiale qui a poussé Ionesco à écrire la Cantatrice Chauve naît lorsque celui-ci commence à apprendre l'anglais par la méthode Assimil. Poussé à apprendre par cœur des dialogues anodins, banals et standardisés de la vie de tous les jours, il se rend compte à quel point la fonction de communication du langage est en fait subordonnée à la forme même de ce langage.
La Cantatrice chauve constitue ainsi une sorte de best-of de situations et dialogues absurdes que nous rencontrons, vivons et rejouons pourtant tous les jours : dans les discussions des personnages règnent banalités, proverbes et sagesse populaire. C'est en filigrane que se pose la question du rapport entre langage et communication.
Une conclusion, peut-être, est que le langage n'est en fait pas nécessairement un moyen de communication : il peut fort bien lui être inutile, voire même préjudiciable ! Ce qui concerne d'ailleurs non seulement la communication entre les personnages sur scène, mais aussi celle entre les personnages et le public ou même, pourquoi pas, la communication en général, à l'extérieur du théâtre et dans la vie de tous les jours.