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Une adaptation multilingue ?
Partant de la relation, soulignée par Ionesco, entre langage et communication, nous avons souhaité développer cette question un peu plus, et nous intéresser au problème du rapport entre langue, culture et communication. Multilinguisme et multiculturalisme vont de pair, puisqu'une langue se définit toujours en étroite relation avec une culture à laquelle elle renvoie. Son utilisation comme vecteur de communication dans une société imprègne sa structure comme son lexique. Notre adaptation souhaite ainsi également permettre, par sa mise en scène multilingue, une prise de conscience et une expérience des ressemblances et des différences entre différentes langues et différentes cultures. À l'ère de la mondialisation et de l'intégration européenne, c'est peut-être aussi la question de notre identité qui se trouve ici posée.
Quelles langues sont parlées sur scène ?
En premier lieu français, allemand et
anglais. Ces langues se sont naturellement imposées par leur rapport
avec la pièce et avec le projet : le français est la langue
originale de la pièce, l'allemand la langue du pays où le projet
voit le jour, et l'anglais, enfin, en relation avec la première source
d'inspiration de l'auteur Eugène Ionesco. Une raison supplémentaire
au choix de ces trois langues en particulier est que malgré l'idée
directrice de multilinguisme, il faut tout de même éviter de
représenter une pièce complètement incompréhensible !
En choisissant trois langues très répandues à Vienne,
l'intention est aussi d'accueillir un public aussi large que possible qui ne
connaît peut-être pas les trois langues mais pour qui elles sont au
moins vaguement familières.
À ces trois langues principales viennent encore s'ajouter deux idiomes
supplémentaires : roumain comme un clin d'œil à
Ionesco und hongrois comme langue d'un pays voisin très proche
de l'Autriche, langue qui ne fait toutefois pas partie de la famille des langues
indoeuropéennes. Peu nombreuses sont les répliques lancées
dans ces langues, mais leur présence assure à peu près
définitivement qu'aucun spectateur ne sera en mesure de comprends la
totalité des langues parlées sur scène. L'expérience
des langues peut alors fonctionner pleinement.
Et si je ne parle que français ?
Ce n'est absolument pas un problème. Au contraire ! Toute l'idée de cette adaptation est de faire partager au public la façon dont on peut comprendre une histoire ou les relations entre des personnes sans pour autant comprendre la langue qu'ils utilisent. Le mélange des langues au sein même des dialogues assure également que l'on peut toujours suivre le contexte, du moins tant qu'il y en a un : il ne faut pas oublier qu'il s'agit ici de théâtre de l'absurde, avec tous les risques que cela comporte...
Enfin pourquoi l'Orient-Express ?
L'idée de transposer l'action de la pièce du salon anglais, où elle se déroule originellement, dans un compartiment de l'Orient-Express, n'est pas innocente ; elle est au contraire intimement liée au choix des langues utilisées. Au-delà d'un voyage physique à travers l'Europe à bord de ce symbole d'un lien unissant tout le continent, c'est un prétexte au voyage intellectuel qui s'offre à nous, à travers ses langues et ses cultures. C'est une occasion de découvrir un peu d'autres horizons, ceux de la diversité européenne. C'est aussi peut-être, enfin, simplement l'occasion de se détendre et de se laisser bercer par le roulement du plus beau et plus chic train du monde...